novembre/décembre 2009
Prémices de l'Union
scientifique d'Aquitaine
L'Union scientifique d'Aquitaine
naquit officiellement le 14 décembre 1979 (récépissé de déclaration
à la préfecture de Gironde). Cette officialisation est l'aboutissement
d'assez longs prémices entamés huit ans plus tôt, sous l'impulsion
de la Ville de Bordeaux.
Il faut en effet remonter au "début
de l'année 1971 date à laquelle la Ville de Bordeaux a porté
à la connaissance des intéressés la situation alarmante de l'Hôtel
de la rue du Loup et fait part de sa décision de faire évacuer
ce bâtiment. Plusieurs contacts et réunions ont eu lieu entre
les Sociétés bordelaises, l'Académie, et la Ville de Bordeaux.
Différentes solutions ont été avancées, puis écartées ; néanmoins
cette phase d'étude a permis de dégager certains points positifs.
Du côté des sociétés savantes
:
- la prise de conscience d'une
solidarité de fait et de vocation, et par voie de conséquence
le désir d'une action commune pour faire valoir un intérêt général,
celui de la présence d'un foyer de culture scientifique dans
l'agglomération bordelaise.
- la création d'un comité de
liaison chargé d'assurer le développement de ce courant de pensée
et de coordonner des études techniques sur les problèmes majeurs
des Sociétés (le problème du logement)",
et en 3e lieu le regroupement des bibliothèques, dont la gestion
devait être assurée par la Ville, les Universités ou la Bibliothèque
de France, et qui devaient être ouvertes au public (compte-rendu
de la réunion du 5 juillet 1972 tenue à l'Hôtel de Ville de
Bordeaux).
L'Hôtel de la rue du Loup, ou Hôtel
Ragueneau, était depuis 1939, par la volonté du maire Adrien
Marquet, un pôle culturel de Bordeaux, puisque cette année-là,
après avoir accueilli les services de l'octroi, il voyait l'installation
des Archives communales, et à l'étage, outre l'Académie Nationale
des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, les Sociétés
savantes : Société linnéenne de Bordeaux, Société archéologique
de Bordeaux, Société de géographie commerciale, Association
Guillaume Budé, etc. En 1971, d'autres sociétés créées depuis,
s'y trouvaient hébergées sans y avoir de locaux propres : la
Société spéléologique et préhistorique de Bordeaux par la Société
linnéenne, le Centre généalogique du Sud-Ouest (CGSO) par la
Société archéologique.
L'idée de la Ville de Bordeaux
et de son maire, Jacques Chaban-Delmas, était, comme l'avait
fait Adrien Marquet, de regrouper en un lieu unique constituant
un pôle scientifique et culturel les différentes sociétés savantes,
non seulement celles logées rue du Loup, mais aussi en d'autres
lieux. Très rapidement fut créé un Comité de liaison des sociétés
savantes (CLSS), structure informelle où les sociétés de l'Hôtel
Ragueneau étaient l'élément moteur, et dont la présidence fut
assurée, jusqu'à sa transformation en Union scientifique d'Aquitaine
(USA), par Marie-Roger Séronie-Vivien, alors président de la
Société spéléologique (SSPB).

Plusieurs endroits furent envisagés,
mais rapidement abandonnés pour diverses raisons. Ainsi, dans
une lettre en date du 26 mars 1971, de Jacques Chaban-Delmas
à Marie-Roger Séronie-Vivien, est-il annoncé que le site du
cours Pasteur, où était installée la Faculté des Lettres, appartenant
à la CUB, initialement retenu pour le transfert des sociétés
savantes de la rue du Loup, était finalement dévolu au Musée
d'Aquitaine. Le 30 mars suivant, chaque société fournissait
ses besoins et desiderata.
À sa réunion du 29 avril 1971,
le Comité de liaison comprenait des sociétés logées rue du Loup
: Linnéenne (M. Gottis), Archéologie (Guy Lacoste-Lagrange),
Spéléologie (Marie-Roger Séronie-Vivien), Association Guillaume
Budé (Jean Tucoo-Chala), et des sociétés logées soit dans les
universités : Société d'anthropologie du Sud-Ouest (P. Bonjean,
Bordeaux2, place de la Victoire), Cercle des jeunes naturalistes
(J. Boyrie, M. Moreau & E. Sellier, Faculté des Sciences, Talence),
Société de géographie (A. Challou, Bordeaux I, Talence), Fédération
historique du Sud-Ouest (Charles Higounet, Bordeaux III, cours
Pasteur), ou ailleurs : Institut d'Outre-Mer de Bordeaux (Louis
Papy, place de la Bourse), Société d'astronomie de Bordeaux
(F. Poumeyrol, Observatoire de Bordeaux, Floirac). Un mémento
de juin 1971 (7+12+3 pages), mentionne également comme sociétés
intéressées : la SEPANSO (Faculté de Sciences, Talence, partie
prenante dès le 30 mars), la Société de zoologie agricole (Grande
Ferrade), le CGSO (rue du Loup), la Société des sciences physiques
et naturelles. Le CLSS était hébergé par la Société linnéenne.
L'Académie des Sciences se suffisait à elle-même lors de ces
négociations et entretiens et n'apparaît qu'épisodiquement dans
les archives de ces débuts conservées par l'USA.
C'est lors de la réunion du 5 juillet
1972, entre la Ville de Bordeaux d'une part, l'Académie, Roger-Marie
Séronie-Vivien au nom du CLSS, l'Archéologie, l'Astronomie,
la Fédération historique du Sud-Ouest, la Société de Géographie
et la SSPB d'autre part, que la première proposait aux secondes
l'hôtel Calvet qu'elle avait acquis l'année précédente pour
660.000 F (1), avec un étage entier pour
l'Académie, et une salle de réunion commune, les sociétés se
répartissant les locaux disponibles entre elles. Par courrier
du 20 mai 1973, la Généalogie réitérait sa demande de locaux.
Le 13 mai 1975, l'Institut de Géologie
du Bassin d'Aquitaine (IGBA) déclinait par courrier la proposition
du maire d'installer leur collection malacologique et conchyliologique
dans les caves de l'hôtel Calvet à cause de l'humidité (le tunnelier
Belphégor n'avait pas encore œuvré pour limiter l'effet des
crues, et le Caudéran passe à proximité de l'hôtel et sous le
Jardin Public). Le 6 juin suivant, la Ville, toujours par courrier,
signifiait au CLSS que l'installation des Sociétés savantes
à Bardineau était lié au déplacement desdites collections. Cela
occupa une partie de l'année. Le 4 décembre 1975, le CLSS adressait
au maire un mémoire de 11 pages intitulé " Vers une politique
bordelaise des Sociétés scientifiques ", toujours en bonne partie
d'actualité. La question des bibliothèques retarda aussi l'installation
jusqu'en 1978. Dès le départ, les sociétés de la rue du Loup
avaient projeté, tout en conservant chacune la propriété de
leurs ouvrages et collections, de les réunir en commun et de
les ouvrir à un public plus vaste que les sociétaires et dès
1972 de l'installer dans la Bibliothèque des Enfants (Jardin
Public) - dans une partie de laquelle n'est logée que celle
de l'Archéologie, d'accès assez délicat d'ailleurs -, ou cours
Pasteur (Musée d'Aquitaine). Remarquons qu'un projet similaire
fut envisagé par l'USA en 2001, sans suite.
À la réunion du 21 janvier 1977,
l'Association Guillaume Budé, la Société de géographie et l'Institut
d'Outre-Mer étaient toujours présents au CLSS, mais disparaissent
ensuite et n'intègrent pas l'USA.
C'est aussi à cette séance, que
fut soumis aux Sociétés le choix entre le statu quo (CLSS informel
sans statuts déclarés) et sa transformation en association loi
1901.
L'Hôtel Calvet porte en frontispice
l'inscription sur une ligne "Hôtel des Société Savantes ", gravée
dans la pierre avec rehauts de peinture rouge. L'architecte
municipal l'avait primitivement proposée sur trois lignes. La
paternité de cette dénomination revient à la Mairie de Bordeaux,
qui l'annonçait par courrier du 5 octobre 1977. Le CLSS considérait
que cela renvoyait aux XVIIIe et XIXe siècles et faisait " fossiles
vivants ". Après consultation des sociétés le composant (Anthropologie,
Archéologie, Astronomie, Linnéenne, Spéléologie, Généalogie),
consultation contenant diverses propositions dont des hommages
à certains anciens savants du passé, le CLSS avait proposé,
par courrier du 20 avril 1977, que l'hôtel Calvet fût dénommé
" Centre scientifique bordelais ", appellation jugée plus moderne
et plus ouverte (lettre du président Séronie-Vivien à la Mairie,
le 15 octobre 1977).
Des travaux d'aménagement durent
être réalisés. Étaient alors prévus une plate-forme sur le toit,
pour les observations astronomiques, et un ascenseur. Mais les
finances provisionnées pour ce dernier furent dépensées, à ce
qui est dit, pour les fauteuils en cuir de Cordoue de l'Académie
Nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.

Il apparaît que cette dernière
fut la première à s'installer. Jacques Chaban-Delmas lui en
ayant accordé le 3 janvier 1977 l'autorisation, l'Académie Montesquieu
prenait contact avec le Comité de liaison des Sociétés savantes,
les 17 octobre et 18 novembre suivants, pour utiliser la salle
de conférences. Ce n'était que la première utilisation par des
structures extérieures au CLSS ou à l'USA, généralement avec
l'accord de la Ville, de l'Hôtel Calvet. Ainsi, dans les années
2000-2001, le Muséum d'histoire naturelle utilisa-t-il la salle
de conférences à plusieurs reprises, et par la suite, des films
ou téléfilms prirent possession des locaux pour quelques scènes.
Le 8 mai 1978, l'Hôtel des Sociétés
savantes était inauguré par le maire Jacques Chaban-Delmas.
Une plaque dans le vestibule d'entrée, à droite en entrant,
le rappelle (cf. photo). Toutefois, l'installation des Sociétés
savantes n'eut lieu que quelques semaines après. En effet, un
courrier du 17 mai 1978, émanant de la direction générale des
services techniques de la Ville adressé à Marie-Roger Séronie-Vivien
" délégué des Sociétés savantes ", indique les dates retenues
pour le déménagement de la rue du Loup : démontage des meubles
à partir du 22 mai 1978, 8 h, transfert des meubles et livres
: jeudi 25 et vendredi 26 mai 1978.
Il ressort que les tractations
ou négociations diverses, en dehors de quelques réunions, se
sont surtout faites par courrier entre Marie-Roger Séronie-Vivien
au nom du CLSS et les sociétés, entre Marie-Roger Vivien en
même nom et la Ville (tantôt le maire, tantôt un adjoint ou
un directeur de cabinet, tantôt les services concernés). Ainsi
Marie-Roger Séronie-Vivien, qui par la suite devint le premier
président de l'USA, et dont une interview par l'actuel président
est publiée en page annexe, exerça-t-il un rôle pivot dans les
prolégomènes et la genèse de l'Union scientifique d'Aquitaine.
La Mairie fait bénéficier les Sociétés
savantes d'un bail de prêt à usage, et désirant, comme depuis
1971, n'avoir que le moins possible d'interlocuteurs quant à
l'Hôtel Calvet, le Comité de liaison des Sociétés savantes se
transformait, le 14 décembre 1979, en Union scientifique d'Aquitaine,
association déclarée en préfecture de Gironde, fédérant les
sociétés ayant un local en l'Hôtel des Sociétés savantes : Société
Linnéenne de Bordeaux, Société archéologique de Bordeaux, Société
d'anthropologie du Sud-Ouest, Société astronomique de Bordeaux,
Société spéléologique et préhistorique de Bordeaux, Centre généalogique
du Sud-Ouest, que rejoignait sans disposer de local jusqu'en
2000 où l'Anthropologie l'hébergea, la Société internationale
d'écologie humaine, devenue par fusion avec l'Anthropologie
en 2008, la Société d'écologie humaine et d'anthropologie. Par
la suite, trois autres sociétés rejoignirent, temporairement
ou durablement, l'USA, mais ceci, selon l'expression de Rudyard
Kipling est une autre histoire, tandis que l'Académie restant
très active de son côté, se prépare à son tricentenaire.
Jean-Paul CASSE
Secrétaire général
de l'Union scientifique d'Aquitaine
(1) Coudroy de
Lille (Pierre), " L'Hôtel des Sociétés savantes de Bordeaux
au n° 1 place Bardineau ", Le Mois scientifique bordelais, 231
(septembre 2002), p. 1-2.
Nous remercions
tous ceux qui nous ont fourni des informations pour élaborer
ce texte, notamment Pierre Bion, Bernard Chevet, Guy Lacoste-Lagrange,
et Marie-Roger Séronie-Vivien.
Liste des présidents
de l'Union scientifique d'Aquitaine :
14 décembre 1979
- Marie-Roger Séronie-Vivien (Linnéenne)
19 novembre 1986
- Guy Lacoste-Lagrange (Archéologie)
janvier 1993
- Guy Messager (Astronomie)
11 février 1998
- Damien Delanghe (Spéléologie)
27 février 2002
-Chantal Gauthier-Guilmain (Anthropologie)
18 janvier 2006
- Hervé Thomas (Linnéenne)
23 janvier 2008
- Georges Pasquier (Linnéenne)
Témoignage
de Marie-Roger SERONIE-VIVIEN
Témoignage
de Yvan GRELIER
Fac-similé
du premier numéro du Mois scientifique