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Prémices
de l'Union scientifique d'Aquitaine
L'Union scientifique d'Aquitaine naquit
officiellement le 14 décembre 1979 (récépissé de déclaration à la
préfecture de Gironde). Cette officialisation est l'aboutissement
d'assez longs prémices entamés huit ans plus tôt, sous l'impulsion
de la Ville de Bordeaux.
Il faut en effet remonter au "début
de l'année 1971 date à laquelle la Ville de Bordeaux a porté à la
connaissance des intéressés la situation alarmante de l'Hôtel de
la rue du Loup et fait part de sa décision de faire évacuer ce bâtiment.
Plusieurs contacts et réunions ont eu lieu entre les Sociétés bordelaises,
l'Académie, et la Ville de Bordeaux. Différentes solutions ont été
avancées, puis écartées ; néanmoins cette phase d'étude a permis
de dégager certains points positifs.
Du côté des sociétés savantes :
- la prise de conscience d'une solidarité
de fait et de vocation, et par voie de conséquence le désir d'une
action commune pour faire valoir un intérêt général, celui de la
présence d'un foyer de culture scientifique dans l'agglomération
bordelaise.
- la création d'un comité de liaison
chargé d'assurer le développement de ce courant de pensée et de
coordonner des études techniques sur les problèmes majeurs des Sociétés
(le problème du logement)", et en 3e lieu
le regroupement des bibliothèques, dont la gestion devait être assurée
par la Ville, les Universités ou la Bibliothèque de France, et qui
devaient être ouvertes au public (compte-rendu de la réunion du
5 juillet 1972 tenue à l'Hôtel de Ville de Bordeaux).
L'Hôtel de la rue du Loup, ou Hôtel
Ragueneau, était depuis 1939, par la volonté du maire Adrien Marquet,
un pôle culturel de Bordeaux, puisque cette année-là, après avoir
accueilli les services de l'octroi, il voyait l'installation des
Archives communales, et à l'étage, outre l'Académie Nationale des
Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, les Sociétés savantes
: Société linnéenne de Bordeaux, Société archéologique de Bordeaux,
Société de géographie commerciale, Association Guillaume Budé, etc.
En 1971, d'autres sociétés créées depuis, s'y trouvaient hébergées
sans y avoir de locaux propres : la Société spéléologique et préhistorique
de Bordeaux par la Société linnéenne, le Centre généalogique du
Sud-Ouest (CGSO) par la Société archéologique.
L'idée de la Ville de Bordeaux et de
son maire, Jacques Chaban-Delmas, était, comme l'avait fait Adrien
Marquet, de regrouper en un lieu unique constituant un pôle scientifique
et culturel les différentes sociétés savantes, non seulement celles
logées rue du Loup, mais aussi en d'autres lieux. Très rapidement
fut créé un Comité de liaison des sociétés savantes (CLSS), structure
informelle où les sociétés de l'Hôtel Ragueneau étaient l'élément
moteur, et dont la présidence fut assurée, jusqu'à sa transformation
en Union scientifique d'Aquitaine (USA), par Marie-Roger Séronie-Vivien,
alors président de la Société spéléologique (SSPB).

Plusieurs endroits furent envisagés,
mais rapidement abandonnés pour diverses raisons. Ainsi, dans une
lettre en date du 26 mars 1971, de Jacques Chaban-Delmas à Marie-Roger
Séronie-Vivien, est-il annoncé que le site du cours Pasteur, où
était installée la Faculté des Lettres, appartenant à la CUB, initialement
retenu pour le transfert des sociétés savantes de la rue du Loup,
était finalement dévolu au Musée d'Aquitaine. Le 30 mars suivant,
chaque société fournissait ses besoins et desiderata.
À sa réunion du 29 avril 1971, le Comité
de liaison comprenait des sociétés logées rue du Loup : Linnéenne
(M. Gottis), Archéologie (Guy Lacoste-Lagrange), Spéléologie (Marie-Roger
Séronie-Vivien), Association Guillaume Budé (Jean Tucoo-Chala),
et des sociétés logées soit dans les universités : Société d'anthropologie
du Sud-Ouest (P. Bonjean, Bordeaux2, place de la Victoire), Cercle
des jeunes naturalistes (J. Boyrie, M. Moreau & E. Sellier, Faculté
des Sciences, Talence), Société de géographie (A. Challou, Bordeaux
I, Talence), Fédération historique du Sud-Ouest (Charles Higounet,
Bordeaux III, cours Pasteur), ou ailleurs : Institut d'Outre-Mer
de Bordeaux (Louis Papy, place de la Bourse), Société d'astronomie
de Bordeaux (F. Poumeyrol, Observatoire de Bordeaux, Floirac). Un
mémento de juin 1971 (7+12+3 pages), mentionne également comme sociétés
intéressées : la SEPANSO (Faculté de Sciences, Talence, partie prenante
dès le 30 mars), la Société de zoologie agricole (Grande Ferrade),
le CGSO (rue du Loup), la Société des sciences physiques et naturelles.
Le CLSS était hébergé par la Société linnéenne. L'Académie des Sciences
se suffisait à elle-même lors de ces négociations et entretiens
et n'apparaît qu'épisodiquement dans les archives de ces débuts
conservées par l'USA.
C'est lors de la réunion du 5 juillet
1972, entre la Ville de Bordeaux d'une part, l'Académie, Roger-Marie
Séronie-Vivien au nom du CLSS, l'Archéologie, l'Astronomie, la Fédération
historique du Sud-Ouest, la Société de Géographie et la SSPB d'autre
part, que la première proposait aux secondes l'hôtel Calvet qu'elle
avait acquis l'année précédente pour 660.000 F (1),
avec un étage entier pour l'Académie, et une salle de réunion commune,
les sociétés se répartissant les locaux disponibles entre elles.
Par courrier du 20 mai 1973, la Généalogie réitérait sa demande
de locaux.
Le 13 mai 1975, l'Institut de Géologie
du Bassin d'Aquitaine (IGBA) déclinait par courrier la proposition
du maire d'installer leur collection malacologique et conchyliologique
dans les caves de l'hôtel Calvet à cause de l'humidité (le tunnelier
Belphégor n'avait pas encore œuvré pour limiter l'effet des crues,
et le Caudéran passe à proximité de l'hôtel et sous le Jardin Public).
Le 6 juin suivant, la Ville, toujours par courrier, signifiait au
CLSS que l'installation des Sociétés savantes à Bardineau était
lié au déplacement desdites collections. Cela occupa une partie
de l'année. Le 4 décembre 1975, le CLSS adressait au maire un mémoire
de 11 pages intitulé " Vers une politique bordelaise des Sociétés
scientifiques ", toujours en bonne partie d'actualité. La question
des bibliothèques retarda aussi l'installation jusqu'en 1978. Dès
le départ, les sociétés de la rue du Loup avaient projeté, tout
en conservant chacune la propriété de leurs ouvrages et collections,
de les réunir en commun et de les ouvrir à un public plus vaste
que les sociétaires et dès 1972 de l'installer dans la Bibliothèque
des Enfants (Jardin Public) - dans une partie de laquelle n'est
logée que celle de l'Archéologie, d'accès assez délicat d'ailleurs
-, ou cours Pasteur (Musée d'Aquitaine). Remarquons qu'un projet
similaire fut envisagé par l'USA en 2001, sans suite.
À la réunion du 21 janvier 1977, l'Association
Guillaume Budé, la Société de géographie et l'Institut d'Outre-Mer
étaient toujours présents au CLSS, mais disparaissent ensuite et
n'intègrent pas l'USA.
C'est aussi à cette séance, que fut
soumis aux Sociétés le choix entre le statu quo (CLSS informel sans
statuts déclarés) et sa transformation en association loi 1901.
L'Hôtel Calvet porte en frontispice
l'inscription sur une ligne "Hôtel des Société Savantes ", gravée
dans la pierre avec rehauts de peinture rouge. L'architecte municipal
l'avait primitivement proposée sur trois lignes. La paternité de
cette dénomination revient à la Mairie de Bordeaux, qui l'annonçait
par courrier du 5 octobre 1977. Le CLSS considérait que cela renvoyait
aux XVIIIe et XIXe siècles et faisait " fossiles vivants ". Après
consultation des sociétés le composant (Anthropologie, Archéologie,
Astronomie, Linnéenne, Spéléologie, Généalogie), consultation contenant
diverses propositions dont des hommages à certains anciens savants
du passé, le CLSS avait proposé, par courrier du 20 avril 1977,
que l'hôtel Calvet fût dénommé " Centre scientifique bordelais ",
appellation jugée plus moderne et plus ouverte (lettre du président
Séronie-Vivien à la Mairie, le 15 octobre 1977).
Des travaux d'aménagement durent être
réalisés. Étaient alors prévus une plate-forme sur le toit, pour
les observations astronomiques, et un ascenseur. Mais les finances
provisionnées pour ce dernier furent dépensées, à ce qui est dit,
pour les fauteuils en cuir de Cordoue de l'Académie Nationale des
Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.

Il apparaît que cette dernière fut
la première à s'installer. Jacques Chaban-Delmas lui en ayant accordé
le 3 janvier 1977 l'autorisation, l'Académie Montesquieu prenait
contact avec le Comité de liaison des Sociétés savantes, les 17
octobre et 18 novembre suivants, pour utiliser la salle de conférences.
Ce n'était que la première utilisation par des structures extérieures
au CLSS ou à l'USA, généralement avec l'accord de la Ville, de l'Hôtel
Calvet. Ainsi, dans les années 2000-2001, le Muséum d'histoire naturelle
utilisa-t-il la salle de conférences à plusieurs reprises, et par
la suite, des films ou téléfilms prirent possession des locaux pour
quelques scènes.
Le 8 mai 1978, l'Hôtel des Sociétés
savantes était inauguré par le maire Jacques Chaban-Delmas. Une
plaque dans le vestibule d'entrée, à droite en entrant, le rappelle
(cf. photo). Toutefois, l'installation des Sociétés savantes n'eut
lieu que quelques semaines après. En effet, un courrier du 17 mai
1978, émanant de la direction générale des services techniques de
la Ville adressé à Marie-Roger Séronie-Vivien " délégué des Sociétés
savantes ", indique les dates retenues pour le déménagement de la
rue du Loup : démontage des meubles à partir du 22 mai 1978, 8 h,
transfert des meubles et livres : jeudi 25 et vendredi 26 mai 1978.
Il ressort que les tractations ou négociations
diverses, en dehors de quelques réunions, se sont surtout faites
par courrier entre Marie-Roger Séronie-Vivien au nom du CLSS et
les sociétés, entre Marie-Roger Vivien en même nom et la Ville (tantôt
le maire, tantôt un adjoint ou un directeur de cabinet, tantôt les
services concernés). Ainsi Marie-Roger Séronie-Vivien, qui par la
suite devint le premier président de l'USA, et dont une interview
par l'actuel président est publiée en page annexe, exerça-t-il un
rôle pivot dans les prolégomènes et la genèse de l'Union scientifique
d'Aquitaine.
La Mairie fait bénéficier les Sociétés
savantes d'un bail de prêt à usage, et désirant, comme depuis 1971,
n'avoir que le moins possible d'interlocuteurs quant à l'Hôtel Calvet,
le Comité de liaison des Sociétés savantes se transformait, le 14
décembre 1979, en Union scientifique d'Aquitaine, association déclarée
en préfecture de Gironde, fédérant les sociétés ayant un local en
l'Hôtel des Sociétés savantes : Société Linnéenne de Bordeaux, Société
archéologique de Bordeaux, Société d'anthropologie du Sud-Ouest,
Société astronomique de Bordeaux, Société spéléologique et préhistorique
de Bordeaux, Centre généalogique du Sud-Ouest, que rejoignait sans
disposer de local jusqu'en 2000 où l'Anthropologie l'hébergea, la
Société internationale d'écologie humaine, devenue par fusion avec
l'Anthropologie en 2008, la Société d'écologie humaine et d'anthropologie.
Par la suite, trois autres sociétés rejoignirent, temporairement
ou durablement, l'USA, mais ceci, selon l'expression de Rudyard
Kipling est une autre histoire, tandis que l'Académie restant très
active de son côté, se prépare à son tricentenaire.
Jean-Paul CASSE
Secrétaire général
de l'Union scientifique d'Aquitaine
(1) Coudroy de Lille
(Pierre), " L'Hôtel des Sociétés savantes de Bordeaux au n° 1 place
Bardineau ", Le Mois scientifique bordelais, 231 (septembre 2002),
p. 1-2.
Nous remercions tous
ceux qui nous ont fourni des informations pour élaborer ce texte,
notamment Pierre Bion, Bernard Chevet, Guy Lacoste-Lagrange, et
Marie-Roger Séronie-Vivien.
Liste des présidents
de l'Union scientifique d'Aquitaine :
14 décembre 1979
- Marie-Roger Séronie-Vivien (Linnéenne)
19 novembre 1986
- Guy Lacoste-Lagrange (Archéologie)
janvier 1993 - Guy
Messager (Astronomie)
11 février 1998 -
Damien Delanghe (Spéléologie)
27 février 2002 -Chantal
Gauthier-Guilmain (Anthropologie)
18 janvier 2006 -
Hervé Thomas (Linnéenne)
23 janvier 2008 -
Georges Pasquier (Linnéenne)
Témoignage
de Marie-Roger SERONIE-VIVIEN
Témoignage
de Yvan GRELIER
Fac-similé
du premier numéro du Mois scientifique
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